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 [Deus Ex Machina]

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Plume
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MessageSujet: [Deus Ex Machina]   Ven 18 Avr - 5:10

*Petit préambuuuule*
Ce texte, comme tout ce que je fais, est né d'une idée mais pas d'une envie. Je l'ai écrit d'une traite, il y a environ un an, en ayant une vague trame de fond en tête, mais pas plus.
Je vous passe les circonstances de son écriture, mais il n'est pas terminé, et s'arrête même assez brutalement. Et plus important, j'ignore vraiment si je le terminerai un jour.

Je vous le propose donc dans une simple optique de divertissement, et peut-être de discussion. Et puis sait-on jamais, ça me mènera peut-être à le continuer.

------------------


[Deux Ex Machina]



« Tûût-tûût…tûût-tûût…tûût-tûût… »

Un soupir…quel bruit affreux.
D’un geste je l’arrête, mais quelle misère que cette alarme, que cet implacable bruit qui, à six heures quinze, me tire de mon refuge nocturne où le monde n’existe pas.
« Tûût-tûût… »…
C’est le signal. C’est le début de la fin. C’est le lendemain, alors que tout était fini. C’est le premier pas vers le connu, vers un néant où tout est planifié. Je le sais, je repousse ce bruit loin de moi, de toute la force des mes envies, de mes dégoûts. Je suis bien plus fort que cet immonde bruit, je n’ai même pas besoin de bouger pour le vaincre, je le sais. Tout ce à quoi j’aspire s’arc-boute en moi, s’insurge contre ce bruit, ce bruit que je vais vaincre.
« Tûût-tûût… »…
Mon bras s’étend vers ma lampe de chevet, mon index droit fait s’inonder d’une lumière artificielle mes yeux embrumés, puis presse le bouton « off » de ma montre. Elle n’affiche pas encore six heures seize, et alors qu’une éternité de pensées vient de naître et rayonner dans mon esprit électriquement illuminé, ces chiffres les exterminent, sans leur laisser le temps de flétrir.
Comme hier et comme demain, l’évidence m’envahit : il est impossible que cette réalité soit. Il est inconcevable que je me réveille par devoir. Il est certain que je dors encore, que ça n’est pas vrai.
Tout cela s’articule mécaniquement, comme le fait que je me retrouve maintenant debout, habillé, à déverrouiller les volets de ma chambre d’étudiant. Moderne appellation de l’ancienne chambre de bonne. Moderne aussi le grille-pain et le four à micro-ondes qui me remplissent l’estomac. Et moderne la voiture qui avale les kilomètres jusqu’à mon bureau.

Mon bureau, c’est l’enfer.
Des personnes familières et inconnues. Une réponse polie au téléphone, de temps en temps. Un bonjour, un merci, un comment ça va, bien merci et toi ? Tout ce qui fait de la routine un champ de ruines sentimentales.
J’ai pour tous ces gens qui m’entourent, pour tout ce qui fait mon quotidien, un sentiment à mi-chemin entre l’amour et le mépris. Pas d’indifférence, puisque je souris sincèrement. Mais dès les yeux tournés et le silence retrouvé, leur souvenir est opaque. A t-il seulement existé ? Pourquoi ai-je répondu à telle question, et prêté à ce monsieur mon stylo, qu’il m’a demandé ?
Ma vie sociale n’est ni fausse, ni mensongère. Elle est artificielle. Et alors que mon quotidien semble se mouvoir de manière figée, il est régi par cette interrogation terne : pourquoi ?
Pourquoi suis-je là ? Pourquoi tout court.
Le présent n’a pas de saveur, et l’avenir n’existe pas ; à moins que ce ne soit l’inverse.
J’ignore combien de temps j’ai mis pour en arriver à cette conclusion qui fixe solidement mon être, ni par quels chemins tortueux j’y suis arrivé. La fin justifie les moyens dit-on, et la fin trouvée, les moyens s’évanouissent.
J’ai pourtant dû pleurer. C’est sûrement comme ça que j’ai avancé, en pleurant. En me lamentant sur mon sort, en étant la seule victime du monde, en maudissant tout ce qui n’était pas moi, et même moi, parfois. Ca c’était au début. Mes pleurs ont ensuite changé, en une espèce d’épuration d’une souffrance sans nom, profonde et infinie. Les filles, du moins certaines, ont été une source de larmes. De n’avoir pu les approcher, j’ai eu mal, souffert et pleuré. Quand on est jeune, on croit bêtement que l’amour est facile, et qu’il résous tout. Ma souffrance était un mélange d’incompréhension, de faiblesse, d’envie.
Mais jamais de haine. Etrange manque qui me saute justement aux yeux. Si j’ai par la suite touché l’amour du doigt, je peux affirmer n’avoir jamais pleuré de haine. Ni même en avoir ressenti.
Certainement par manque de modernité.

Ce qui fixe solidement mon être, c’est le passé.
Mon être est du passé. Rien d’autre. Quand je pleure, quand je ris, c’est pour mon passé. Je pleure ma joie de l’avoir connu et ma tristesse de l’avoir perdu. Calmement, mes larmes et mes sourires tombent, s’en vont le rejoindre, l’ensemencer et le fortifier.
Je n’ai rien vécu d’extraordinaire au sens populaire du terme. Pas de voyage sur la Lune, pas de nuit d’amour avec une star du cinéma, pas de ticket de loto gagnant.
Et pourtant…
Mon passé brille. Mon passé rayonne. Il rutile d’une beauté indescriptible, il condense en un simple soupir toutes les couleurs, celles qui existent et celles qui n’existent pas.
Il est fait d’eau, d’air, de neige, de feu, de terre. Ou plutôt d’eaux, airs, neiges, feux et airs. Mon passé est ce que je suis, abyssal, mouvant, extensible, pluriel et singulier.
Il n’est pas bien vieux, mais je ne l’échangerai pas contre celui de toute l’humanité.
Mon passé est la seule entité dont je puisse être amoureux.
Mon passé, c’est pour lui que je vais commencer à vivre.
A moins que ce ne soit l’inverse.
La Terre tourne, paraît-il. Dans un système complexe de satellisation et de gravité, et dans un espace infini et en perpétuelle extension. Ca doit être grand comme truc, quand même. A tel point que j’ai un peu de mal à faire rentrer tout ça dans mon esprit. Il est facile de parler de l’infini, de le vulgariser et de l’utiliser, mais lorsqu’on s’attarde sur son cas, on bute sur tout un tas de petites choses gênantes; l’absence d’origine et l’absence de fin, voilà bien des choses gênantes. L’absence en est déjà une en elle-même, mais quand on l’appose à des limites, c’est à devenir fou.
La folie, par exemple, peut-on lui trouver une limite ? Il me semble que l’on classe les fous, en clinique. Les fous dangereux, les aliénés légers, les grands fous, les fous-la-merde…
Moi, je ne suis pas fou.
J’ai tout ce qu’il faut pour être fou. Mais j’ai aussi tout ce qu’il faut pour ne pas l’être. A moins que ce ne soit l’inverse.
Le fou, c’est celui qui se réveille artificiellement pour vivre artificiellement, ou celui qui voit des anges partout et fait la cour aux fleurs ?

La nuit, yeux ouverts ou fermés, je pense. Je repense, je ressasse, je revois, je revis. La journée c’est différent, il y a plein de choses fabriquées pour empêcher de penser. Mais à l’horizontale, il n’y a plus rien. Plus de temps, plus de limites. Je détruis l’avenir et le repeint au passé. Je ne suis même pas présent, je suis juste avant. Plus encore que l’infini, le présent est inconnu et immatériel. On dénature les cœurs écoliers en leur enlevant un passé qui n’existe plus, et un futur qui n’existe pas, puis on les lobotomise avec le présent. Le présent qui est fort, le présent qui est là, le présent qui est tout, parce qu’il est et qu’il est le seul à être.
Foutaises. Quoi de plus inexistant que le présent ? Le futur n’est certes pas encore, mais au moins peut-on fantasmer, s’amuser à prévoir, se dire que peut-être ou que pourquoi pas. Mais le futur n’est qu’un futur passé. Il va venir, et passer au passé, sans autre forme de procès.
Peu importe l’avenir, puisqu’il n’a pas encore été.
Encore que. L’avenir, dans une très large proportion, est le même que le passé. Debout, assis, couché. Et re-belote.

Ce soir-là, après la belote habituelle, course à pied vers les courses, carte de crédit pour paiement immatériel et bouffe en plastique pour sustentation illusoire.
Et plein de pourquois. Sensation grisante que celle de sentir son être tout entier, de se savoir infini, se sentir partout maître de chacune de ses cellules. Mais comme de la gloire, on se lasse de l’humilité. On la garde parce qu’elle est soi, et va de pair avec la sagesse, mais on s’attarde moins dessus, on ne la cajole plus comme au premier jour.
Etre amoureux de soi n’est pas compliqué. C’est rare, et difficile d’accès, mais une fois consommée, la nuptialité intérieure lasse aussi. Comme tout amour, elle devient moins passionnelle. De moins en moins de feu, de plus en plus de cendres. On n’oublie pas qu’on a été fou amoureux, mais la passion n’est pas chose durable, sinon artificiellement.
Cette bonne-femme-là n’a rien de rien d’amourable. Elle est l’archétype de ce que la féminité a de plus méprisable. Artificielle de l’ongle verni qui tapote sa carte de fidélité à l’ongle vernis qui gratouille son oreille cuite aux U.V, tout y est faux ou faux-semblant. Mon mépris va se mettre en pilotage automatique d’un instant à l’autre, aussi ne m’arrêté-je pas sur son regard, qui va disparaître.
Pratique et moderne voiture qui me ramène vers l’horizontalité.

« Tûût-tûût… »…
Même pas. Ca, ça n’arrive pour ainsi dire jamais. Au moins grâce à cette bonne-femme, j’ai évité le réveil artificiel. A cause d’elle, je n’ai pas dormi, et je vais passer une journée pénible.


Dernière édition par Plume le Ven 18 Avr - 15:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Ven 18 Avr - 15:27

Wouo. Que de refléxion.
C'est super bien mené.
C'est totalement ce que je ressens parfois.
T'as résumé un truc inrésumable.
Je serai très fière d'avoir écrit ça à ta place =)
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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Ven 18 Avr - 15:52

Trop de réflexion tue la réflexion...
^^
Désolée mais je m'étais juré de caser un post du style "trop de...... tue......" quelques part. Voilà, ça, c'est fait...
Plus sérieusement (et le plus subjectif qui soit), j'ai accroché dès le début (ce qui pour moi est le summum du compliment, sachant que je parts en courant dès que les textes à lire dépassent les 50 lignes... lol!). J'aime le style. C'est riche mais abordable [quelques fois je reproche à certains auteurs de mettre un vocabulaire trop compliqué - histoire d'en mettre plein les mirettes - pour dire des choses très simples . Trop de mots tue les mots (Yes! encore une Smile)].
Ne partageant pas trop cet état d'esprit semi-nostalgique-désabusé, je vous avoue qu'à un moment j'ai dû m'encourager à aller jusqu'au bout (je suis sincère, mais peu diplomate, pardon). Par contre, j'ai aimé la fin (bizarrement), même si elle finit brutalement. Elle laisse un petit goût de "revenez-y"... ou de trop peu... au choix...
Ce fut un plaisir de vous lire en tout cas. Je renouvellerai l'expérience avec joie et grand plaisir je pense (et j'espère).
Cordialement. Smile

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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Sam 19 Avr - 0:30

C'est vrai que ça fait réfléchir... J'aime beaucoup.

"Ma vie sociale n’est ni fausse, ni mensongère. Elle est artificielle."
C'est une de ces choses dont on se doute un peu, mais qu'on n'arrive pas forcément à formuler...

Enfin, pour le dire rapidement, ton texte m'a parlé (mais si j'te jure, il parle... Non non, j'suis pas illuminée xD)
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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Sam 19 Avr - 16:01

J'ai beaucoup aimé le début du texte.
Cela me rappel tout mes matins, pour le collège
haaa...(long soupir mélancolique)la Gariguette....
Très bon texte( quoique...il m'a trop fait réfléchir)^^
bon texte. Vivement la suite^^
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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Dim 4 Mai - 10:27

J'aime beaucoup. Very Happy C'est intelligent, riche et facile a lire. Il m'a beaucoup interesse...
Pour la fin, par contre, je ne comprend pas pourquoi la "bonne femme" lui a empeche de dormir .. ? On a besoin d'un indice au moins. ^^'
Je pense que si tu developpes cette idee de bonne femme, tu peux y trouver une source de suite.

Aussi, la psychologie du personnage est deja tres bien posee, tu pourrais donc simplement introduire un changement dans sa vie, ou un evenement revelateur et on pourra deviner sa reaction, il n'y aura meme pas besoin de beaucoup d'explication et ca nous laissera a penser a sa place, ne serait-ce qu'avec une piste...
Enfin, je sais pas du tout, c'est une idee, et je pense pas qu'elle soit bien exprimee mais bon apres minuit, je me permet ce que je ne permetrait pas d'ordinaire tongue
Bonne continuation, c'est du beau travail ! Smile
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MessageSujet: Re: [Deus Ex Machina]   Mar 3 Juin - 2:05

A vrai dire, l'éventuelle suite est dans ma tête depuis le début. Mais l'envie doit être importante quand on se veut écrivain, et je n'ai pas cette envie Rolling Eyes

Pour faire court, cette femme est, pour "Je", un véritable monstre, une faute dans l'idéal que "Je" se représente. Et donc "Je" va en arriver à la torturer, puis la tuer. Pour le "Bien", évidemment. Et ça ne serait qu'un début.

Mais vraiment, non, rien ne me donne envie d'écrire la suite... Rolling Eyes
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