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 - Eaux Troubles-

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Mademoiselle K
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Féminin Nombre de messages : 314
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MessageSujet: - Eaux Troubles-   Dim 11 Jan - 0:47

Note: il ya quelque chose de profondément agaçant dans certaines tournures. Est-ce vraiment une bonne idée de poster ici? Sûrement que non, ça ne fera qu'un peu plus démontrer l'incohérence de mes actes. M'enfin.
M.K

-Eaux troubles-
Première partie.

Comme la lune est le miroir du soleil, l’eau est de la lumière qui s’enfonce dans la terre, une lumière fraîche, un ciel de septembre.
L’étoile est un feu d’eau, un feu glacé.
Tout devient bleu comme sous une chevelure défaite, un visage assombri par le désir ou le chagrin.
Tout devient bleu, surtout au loin des montagnes. Plus près, on voit encore les rochers, des arbres plus clairs que les autres.
Il y a comme une tendre accalmie.
Philippe Jaccottet





Elle


Est-il très tard ? Ou est-il juste très tôt ?

Il me semble qu’il ne fait en réalité, ni vraiment jour, ni vraiment nuit. Une temporalité en suspens, une substance hors du temps. Calme et brutal, novembre s’installe dans la pleine saison de l’automne.

Au centre d’un cercle de silence assourdissant, je marche. Sur les pavés inégaux des vieilles rues parisiennes, mes semelles claquent et résonnent régulièrement.

Silences. Vides. Pleins. A demi. Entiers. Doux. Violents. Si je pouvais, j’inventerai un nom différent pour chaque son de silence.
Lune aux milles quartiers. Douce Lune opaline connue pour calmer les ardeurs de l’ombre et apaiser les âmes errantes. A quel lieu appartiens-tu donc ?

Les mains enfoncées dans les poches d’un jean trop grand, les yeux fixés, quelque part, vers l'horizon, offrant mon visage au vent, j'avance. Je voudrais que le froid stoppe mes pensées, m’empêche de réfléchir.

Au loin, je vois la silhouette imposante de Notre Dame de Paris se dessiner. Même cette place, habituellement inondée de foule, est vide. C’est la saison creuse, celle où le froid rebute les touristes à sortir la nuit. Je ne réagis même plus. Un coup d’œil rapide sur ce monument historique tant décrit par Victor Hugo et je passe rapidement mon chemin, en ayant une pensée de compassion envers ce pauvre Quasimodo.

Par un mécanisme inconscient, mes pas m’amènent là, sur le Pont Neuf. Comme tous les soirs où je laisse mes pas me guider. J’ai une affection toute particulière pour ce pont, et je ne sais pas exactement pourquoi.
Peut être parce qu’il est différent. Et que dans cette différence, il me convient parfaitement. Ses alcôves rondes et ses bancs arrondis qui offrent un repos aux passants fatigués et aux amoureux qui cherchent une vue romantique.
Les réverbères marron foncé sculptés, les têtes de gargouille, bouche ouverte, le tout, sur un bloc de pierre, immenses. Comme sur vieille carte postale, je vois tout en nuances de gris.
En marchant je caresse lentement, du bout des doigts, les reliefs des réverbères, à la recherche d’une sensation, à la recherche d’un quelque chose…Mais de quoi ?
Qu’est ce que je cherche exactement en venant ici chaque nuit, inlassablement?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Et peut être même que je ne veux pas savoir.

La légère brume qui tout à l’heure était ma compagne de route se transforme en brouillard possessif, et me voilà prisonnière de ses bras évanescents.
Je m’arrête dans l’une des alcôves, juste à côté d’une tête de gargouille qui semble se moquer de moi. J'ai les joues et le nez rougis par le froid et je sens la fatigue chatouiller effrontément mes paupières. J’enfonce plus profondément mes mains dans mon jean, essayant vainement de les réchauffer.
J’ai comme un arrière goût d'amertume dans la bouche et dans le cœur. Une promenade solitaire au milieu de la nuit où seules les ombres me donnent l’impression d’exister.

Je m’agenouille sur un des bancs d’une des alcôves. J'incline un peu mon buste pour essayer d’imaginer mon reflet dans l'eau.
Est-ce profond ? Certainement.
Je me cherche dans la profondeur de la Seine, dans la profondeur de mon âme. Je me cherche car je me suis égarée…M’avez-vous vue quelque part ?
Je ne perçois, je n’imagine qu’une tremblante et éphémère silhouette entre deux remous du fleuve impétueux, maître calme et capricieux de Paris.

Une pauvre fille seule. Tellement seule que ça en est à pleurer. Si je n’étais pas aussi soucieuse du respect des mots, je pense bien que j’aurais hurlé ma haine à la Seine. Juste une fois. Histoire de.

La jeune fille dans l'eau me sourit, du moins, ça me plaît de l’imaginer. Ce sourire, et cette demoiselle énigmatique me font froid dans le dos. Est-ce moi qui souris comme ça ? D’un sourire fantomatique, transparent, mensonger ? Ce « moi », est-ce moi ? Je l’ignore.

Je prends un petit caillou. Le lance. Il pénètre dans l'eau avec douceur et légèreté, effaçant ma légère silhouette flottante et trouble. Mon double ombrageux. Le caillou s'enfonce de plus en plus profond, emporté par le courant quasi inexistant du fleuve.
Et à la surface, des centaines de petits cercles se succèdent les uns après les autres.
C'est joli. « C’est joli », non mais écoutez moi un peu…

Mon esprit se perd dans ce tourbillon, je rêve.
Puis ces cercles s'estompent petit à petit et laisse l’eau calme et limpide, comme si le caillou n’avait jamais pénétré ni troublé la surface du fleuve. C’est un tricheur. Dans la vie, ça fonctionne pas comme ça, quand on reçoit un caillou, il y a forcément des séquelles.
Je relève la tête et laisse mon esprit se plonger dans l'horizon blanchit par l’arrivée latente de l’aube. Le froid engourdit de plus en plus mes membres, j'ai faim, et j'ai envie de dormir.

Une goutte d'eau sur ma joue…voilà qu’il pleut. Paris sous la pluie est une autre ville, belle Paris, belle impersonnelle. Je suis frigorifiée, mais je ne bouge pas pour autant. Dans mes instants de lucidité, mon comportement me laisse parfois perplexe.
Les yeux me piquent, mon cœur se serre, et je sens déjà la vibration caractéristique du sanglot dans la gorge.
Je me mords la lèvre. Ne pas pleurer. Pleurer c'est bon pour les faibles, les idiots.
Mais c’est trop tard, une larme, puis une deuxième. Quand ça commence, ça ne s’arrête plus.

Pluie ou larme? Sur ma joue, plus de différences.
Juste un savant mélange de la pureté de l’eau de pluie et la salinité de mes larmes. Dieu doit être un alchimiste, s’il existe, là-haut. Je me dis parfois, qu’il doit bien s’amuser… Sommes-nous les cobayes de ses expériences plus ou moins tordues… ?

Puis à nouveau, mon cœur a envie de crier.
Un cri s’il vous plaît. Pour rompre ce silence. Pour rompre cette nuit.
Hurler. Vous savez, cette violence qui tout à coup se manifeste, cette violence destructrice tapie au fond de soi, qui déchire ton cœur. Hurler…Au lieu de cela je pleure sans rien dire. Et rien ne me vient. Est-ce qu’un cœur peut éclater ?
J’entends un toussotement derrière moi. Je ne me retourne pas- pas envie de parler. Je sais qu'il m'observe. Quoi ?

" Vous allez finir par prendre froid si vous restez comme ça". Les voix douces m’énervent. C'est tout ce qu'il a à me dire? Oui je vais prendre froid et alors? C'est son problème à lui si je chope la crève? Il s'approche. Il me semble que la pluie cesse. En fait, non. Je vois toujours les gouttes d'eau faire les mêmes cercles réguliers sur la surface de la Seine. Je lève la tête. Un parapluie. Allons bon, voilà qu'il se met à jouer les anges gardiens. J'ai rien demandé moi! Pourquoi est ce qu'il me parle? Pourquoi?

-"Vous pleurez?"
Sans blague? Je me tords de rire là ça ne se voit pas peut être? Réfléchis avant de parler imbécile.
La violence de ma pensée me surprend. Je suis injuste. Il veut m'aider. Juste m’aider. Et moi je l'injurie.

-"Je vous vois souvent sur ce pont…"

Et alors ? L’inutilité de certaines paroles m’exaspère. Quand on a rien à dire, on se tait. Y puis-je quelque chose si je suis insomniaque ? Je garde le silence. Il finira par se lasser et partir.

Mais il continue, imperturbable:
-"je m'appelle Benoît…"

Tiens, comme mon frère… Au lieu de lui répondre ça je m'entends lui dire:

« Très franchement, j’en ai rien à foutre. Laissez-moi seule. »
Sitôt ces phrases dites, le remord me prend.
Pourquoi me venger des autres sur lui qui ne m'a rien fait? Il ne mérite pas un tel mépris. Même de ma part. J'ai le droit d'être malheureuse. Je n'ai pas le droit de rendre des inconnus responsables de ce qu'il m'arrive.

-"Je ne peux pas vous laisser là, désolé." Fini-t-il par me répondre avec un sourire énigmatique, les yeux à son tour dans le vide.
Mes yeux finissent par être attirés par cette étrange personne. Et malgré tous les défauts physiques que j'essaie de lui trouver, je me rends compte que son visage respire la douceur. Les personnes douces m’énervent.
Il sourit. A quoi les gens sourient ? Comment arrivent-ils encore à sourire? Puis il se tourne vers moi et me l’offre, ce sourire. Je suis incapable de le lui rendre. Je baisse les yeux, par lâcheté, et par commodité. C’est toujours plus facile de baisser les yeux pour ne pas avoir à répondre aux sollicitudes des autres. Je préfère recentrer mon esprit sur l'horizon. C’est bien plus confortable, lui au moins, ne me demande pas de lui sourire.
Il me dit, d'une voix qui tremble légèrement. Est-il un peu angoissé, ou bien n'est-ce que le fait du froid?

"Vous voulez sauter n'est ce pas? Vous en aviez envie dès le début. Dès que vous avez jeté ce caillou dans l'eau. N'est ce pas?"

Je me trouble. Il ya quelque chose de profondément agaçant à mes larmes. Qu’il arrête donc de pleuvoir.
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Franck
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MessageSujet: Re: - Eaux Troubles-   Dim 11 Jan - 11:33

Et " il pleure dans mon coeur comme il pleut sur le ville..." PV
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